Comment est née l’idée

“J’aurais tellement aimé lui dire ça”. Qui ne connaît pas cette frustration de ne pas avoir pu exprimer un sentiment ?

Été 2018, Alice se rend aux urgences avec son fils, Youri, 8 mois, 40°C de fièvre et couvert de boutons. Après 3 heures en salle d’attente, la famille est reçu 3 minutes par un médecin qui prescrit du Doliprane et délivre le diagnostic d’une maladie bénigne. Point. Mais ce qu’Alice retient de cette consultation, c’est le silence bruyant du non-dit. On ne dérange pas les urgences pédiatriques pour aussi peu. Elle repart avec la sensation qu’aucun dialogue n’a pu être ouvert avec le corps médical. Elle aurait aimé être comprise dans ses inquiétudes de jeune maman.

Printemps 2017, dernier mois de la campagne présidentielle. Charlie et son père s’affrontent à chaque repas de famille. Islam, avortement, immigration…Elle devient à ses yeux la gaucho-utopiste naïve, il incarne le facho. Charlie n’arrive pas à trouver les mots justes, elle a peur de blesser son père. Elle aimerait qu’il comprenne qu’elle a grandi, et que ses opinions valent autant que les siennes. Lui vient l’idée d’une thérapie père-fille par correspondance, pour revivre cette période par écrits interposés. Mais elle n’a pas osé.

Ces expériences de vie personnelles entrent en écho avec nos vies professionnelles. Nous sommes toutes deux journalistes, pigistes et reporters depuis de 5 et 10 ans pour différents médias (Radio France Internationale, France Culture, Radio Télévision Suisse). Dans ce cadre, nous avons recueilli de nombreux témoignages intimes sur divers sujets de société. Souvent, notre micro fait émerger une parole inédite, qui peut surprendre notre interlocuteur lui-même, nous faisant parfois endosser le rôle de thérapeutes. À chaque fois, nous ressentons chez l’autre une certaine joie, un soulagement à DIRE enfin. 

Le constat est le même : que cela soit dans le cercle intime (famille, amis, amoureux) ou dans le cercle social (travail, école, hôpital, métro…), il existe rarement un espace pour se dire des choses importantes. Souvent, on manque de temps, de mots ou d’un sentiment de légitimité. Ou bien on n’ose pas, le moment n’est pas approprié, ou alors on ne pense tout simplement pas à dire…

De là, est née l’envie de créer une chaîne de podcast pour que ces mots, qui n’ont pas pu être prononcés, puissent exister sous la forme de lettres sonores. Elles peuvent être adressées à  : ma mère qui vient de mourir, l’inconnu qui m’a agressée, ce professeur qui m’a inspiré une vocation et que je n’ai jamais revu depuis, ce premier amour inavoué, ce juge qui m’a condamné à une peine trop lourde…

L’idée n’est pas de créer une plateforme pour régler ses comptes, laver son linge sale en public ou encore pousser des “coups de gueule”. Les réseaux sociaux s’en chargent déjà très bien. Les lettres sonores doivent obéir à des principes essentiels: sincérité, pudeur, bienveillance. Par ailleurs, nous garantissons l’anonymat de toutes les personnes concernées.
Notre travail est d’accompagner cette parole et d’aider les auteurs des lettres sonores à trouver les mots justes et à organiser leur pensée.